L'apparence est un indic.
- aurélie sagnol
- 14 avr.
- 3 min de lecture

Et si l’apparence n’était pas qu’une surface, mais un langage ?
Un espace où se jouent autant ce qui est montré que ce qui est hors-champ.
Une réflexion entre perception et design, sur ce que le visible laisse apparaître… malgré nous.
𝗟’𝗮𝗽𝗽𝗮𝗿𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝘂𝘁𝗶𝗹𝗲 𝗾𝘂𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝗶𝗻𝗱𝗶𝗰𝗮𝘁𝗲𝘂𝗿 𝗱𝗲 𝗰𝗲 𝗾𝘂’𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗰𝗮𝗰𝗵𝗲.
Citation tirée d'un film qui a porté ma réflexion.
Partisane de l’idée que tout ce que l’on montre — ou ce qui émane de soi — est une expression de ce que l’on est, même de façon inconsciente et non contrôlée, voici ce que je comprends, ce que je lis.
𝗟’𝗮𝗽𝗽𝗮𝗿𝗲𝗻𝗰𝗲 — ou la surface des choses — est un outil de lecture qui permet de décoder ce qui ne veut ou ne peut pas être montré directement.
Elle serait alors un biais pour accéder à l’invisible, ou au monde intérieur de l’autre. Cela induit l’idée que, quoi que l’on fasse, on montre toujours quelque chose de soi, même dans l’effort de dissimulation.
Il y a aussi l’idée que l’apparence ne dit pas ce qui est dissimulé, mais signale qu’il y a du non-exposé, comme l’existence d’un hors-champ.
On ne montre jamais tout, mais on ne cache jamais complètement.
𝗗𝗲𝘀 𝗹𝗲𝗰𝘁𝘂𝗿𝗲𝘀 𝗽𝗼𝘀𝘀𝗶𝗯𝗹𝗲𝘀 (𝗻𝗼𝗻 𝗲𝘅𝗵𝗮𝘂𝘀𝘁𝗶𝘃𝗲𝘀)
𝟭. 𝗟’𝗮𝗽𝗽𝗮𝗿𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝗶𝗻𝗱𝗶𝗰𝗮𝘁𝗲𝘂𝗿 𝗱𝘂 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗼̂𝗹𝗲
On construit une image pour ne rien laisser passer. Cette volonté elle-même devient visible et lisible.
𝟮. 𝗟’𝗮𝗽𝗽𝗮𝗿𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲 𝗿𝐞́𝗽𝗼𝗻𝘀𝗲 𝐚̀ 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗱𝗲𝘀, 𝐚̀ 𝗱𝗲𝘀 𝗻𝗼𝗿𝗺𝗲𝘀
Même dans la volonté de maîtrise, une image peut devenir trop lisse, trop parfaite. Cette expression excessive enlève parfois le caractère organique et vivant, comme si la forme devenait une application stricte de règles plutôt qu’une expression singulière.
𝟯. 𝗟𝗲 𝗽𝗮𝗿𝗮𝗱𝗼𝘅𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝘁𝗿𝗮𝗻𝘀𝗽𝗮𝗿𝗲𝗻𝗰𝗲
Pour ne rien montrer, il faudrait soit disparaître, soit être totalement transparent — ce qui est impossible dans la réalité. On adopte toujours une posture, un style, une manière d’être, même par défaut.
Ces points suggèrent que, quoi que l’on fasse, quelque chose de soi transparaît — comme un négatif photographique. Ce n’est qu’à travers sa lecture, par inversion et mise en lumière, que ce qui semblait caché ou non visible devient lisible autrement.
Comme si toute tentative de dissimulation produisait malgré nous une empreinte.
𝗘𝘁 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗲 𝗱𝗲𝘀𝗶𝗴𝗻 𝘃𝗶𝘀𝘂𝗲𝗹 𝗰𝗮 𝗱𝗼𝗻𝗻𝗲 𝗾𝘂𝗼𝗶
𝗘𝘅𝗲𝗺𝗽𝗹𝗲𝘀 𝗻𝗼𝗻 𝗲𝘅𝗵𝗮𝘂𝘀𝘁𝗶𝗳𝘀 :
• Un espace minimaliste peut exprimer un besoin de contrôle ou de calme.
• Un intérieur très chargé peut révéler une peur du vide ou un goût de l’accumulation.
• Une identité visuelle très maîtrisée peut traduire une volonté de contrôle ou d’appartenance à des codes.
Mais ces lectures ne sont pas des vérités. Ce sont des hypothèses, des 𝘭𝘦𝘤𝘵𝘶𝘳𝘦𝘴. Un environnement minimaliste peut aussi être une quête de calme, un choix esthétique, une contrainte matérielle ou un besoin de structurer l’espace. Idem pour chaque exemple.
Ce qui m’intéresse, dans ma pratique, ce n’est pas de choisir un style pour répondre à un “j’aime bien ceci ou cela” de mon client, mais de 𝗰𝗼𝗺𝗽𝗿𝗲𝗻𝗱𝗿𝗲 𝗰𝗲 𝗾𝘂𝗶 𝗽𝗲𝘂𝘁 𝐞̂𝘁𝗿𝗲 𝗿𝗲𝗻𝗱𝘂 𝘃𝗶𝘀𝗶𝗯𝗹𝗲 : 𝗹𝗲𝘀 𝘃𝗮𝗹𝗲𝘂𝗿𝘀, 𝗹𝗲𝘀 𝗱𝘆𝗻𝗮𝗺𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀, 𝗹𝗲𝘀 𝗶𝗻𝘁𝗲𝗻𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 — 𝗲𝘁 𝗹𝗲𝘀 𝗺𝗲𝘁𝘁𝗿𝗲 𝗲𝗻 𝗳𝗼𝗿𝗺𝗲.
𝗖’𝗲𝘀𝘁 𝘂𝗻𝗲 𝘁𝗿𝗮𝗱𝘂𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝘃𝗶𝘀𝘂𝗲𝗹𝗹𝗲. 𝗟’𝗮𝗽𝗽𝗮𝗿𝗲𝗻𝗰𝗲 𝗱𝗲𝘃𝗶𝗲𝗻𝘁 𝗮𝗹𝗼𝗿𝘀 𝗺𝗼𝗶𝗻𝘀 𝘂𝗻𝗲 𝘀𝘂𝗿𝗳𝗮𝗰𝗲 𝗱𝗲́𝗰𝗼𝗿𝗮𝘁𝗶𝘃𝗲 𝗾𝘂’𝘂𝗻 𝗹𝗮𝗻𝗴𝗮𝗴𝗲.
Quant à ce qui ne se montre pas, on ne cache pas toujours par stratégie. On cache aussi par délicatesse, par pudeur, par instinct. Et le design peut aussi servir et exprimer ces intentions.
Ça devient des sensations à effleurer, des messages évocateurs, des mots lus en filigrane.



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